Analyse du cycle de vie : de la forêt à la maison

De sa récolte à son recyclage, le bois est une source renouvelable dont la capacité naturelle à capter le CO² lui confère un rôle de premier plan dans la lutte contre le changement climatique. Désormais admis au sein de la grande famille des matériaux de construction, il contribue à verdir nos centres urbains, à assainir nos univers du quotidien. Si toutes les graines d’arbre ne sont pas appelées à devenir du bois de construction. Elles engendrent toutes sortes de produits, qui vont prendre place dans les différentes boucles d’un cycle de vie où le bois est intégralement valorisé (ou presque). C’est ce que l’on appelle « l’économie circulaire »

Le bois et l’économie circulaire

L’économie circulaire, c’est un approvisionnement durable, dans le respect du renouvellement des ressources. L’économie circulaire s’appuie sur des principes qui ne sont pas nouveaux. Mais ils doivent être réaffirmés et même renforcés, afin de permettre une gestion durable de la ressource bois et un développement durable de la filière. Approvisionnement local, écoconception, priorité aux produits à longue durée de vie, mutualisation et mise en réseau des acteurs afin de former ces circuits-courts sont autant de principes directeurs pour la filière forêt-bois. Dans les faits, depuis la jeune pousse qui grandit dans les sous-bois jusqu’au pellet qui constitue la dernière étape de la longue vie d’une grume, on retrouve dans un arbre, en fonction de son âge et de son état, plusieurs qualités de bois. Toutes à même d’être utilisées.

Le bois est une ressource trop précieuse pour être gaspillée

Les différentes parties de l’arbre sont valorisées en fonction de leur qualité et de leur diamètre :

– Le tronc est majoritairement valorisé en bois d’œuvre qui, une fois transformé par les scieries, alimente les différentes industries de seconde transformation pour la construction, l’aménagement extérieur et l’ameublement notamment.

– Les branches d’un diamètre supérieur à 7 cm sont valorisées en bois d’industrie (industries des panneaux de fibres et de particules et papeterie) ou en bois énergie (bois bûche, bois de plaquettes forestières).

– La cime de l’arbre particulièrement riche en minéraux est habituellement laissée sur place en forêt afin de fertiliser les sols.

Emploi, les différentes étapes

C’est ainsi que les bois coupés dans le cadre d’éclaircies (coupes permettant de gérer et de développer durablement les surfaces forestières) sont intégrés dans la production de palettes, ou de bois lamellé-collé. Les résidus de sciage issus de la première transformation sont récupérés pour la fabrication de pâtes à papier, de panneaux de particules, ainsi qu’en combustibles de chaufferies (biomasse)

Dans le cadre de la deuxième transformation, en calculant les proportions des pièces au plus juste, la préfabrication informatisée en atelier de murs en ossature bois ou de toitures permet aussi d’optimiser la ressource. Enfin, les produits connexes sont utilisés pour la production de chaleur ou d’électricité sur le site de l’usine. Même destination finale pour les déchets sur chantier de la construction bois, recyclés et valorisés en énergie.

Les feuillus, ces arbres délaissés

Faute de débouchés suffisants, ces derniers sont, pour moitié, valorisés en bois d’industrie ou d’énergie. Au regard des objectifs bas carbone, la valorisation matière devrait demeurer prioritaire face à la valorisation énergétique. L’objectif est donc, à terme, de développer les usages du bois de feuillus afin qu’il puisse faire l’objet d’une valorisation à haute valeur ajoutée.

Réemploi, une démarche en devenir

Le réemploi est désormais un paramètre incontournable de l’univers de la construction. En effet, que ce soit les arbres pour le bois d’œuvre, le sable pour constituer le béton, ou encore le minerai de fer pour la fabrication des métaux, toutes les matières premières s’amenuisent. Face à cet enjeu, la solution est de consommer moins, de réduire certains volumes, de recycler et de réutiliser. Une démarche en pleine réflexion, qui interpelle de nombreux professionnels, comme Steven Ware, architecte au sein de l’agence Artbuild spécialisée dans la construction bois : « Il ne faut pas que l’on s’appuie totalement sur la forêt. De récentes études montrent qu’à trop solliciter la forêt pour nos besoins en matériau bois de construction, elle va s’épuiser ».

Dans les faits, Artbuild s’est lancée dans des travaux de recherche sur le réemploi des bois techniques comme le CLT et le lamellé-collé « Il faut mettre en place des systèmes constructifs qui facilitent le recyclage, établir l’analyse du cycle de vie du bâtiment pour que chaque élément puisse être réexploité, pas simplement brûlé ou transformé en OSB en fin de vie. A ce jour, il n’existe pas de système de validation qui permette de réemployer, en gros œuvre, les éléments de structure ».

Analyse du cycle de vie

Dans le secteur du bâtiment, avec son lot de réglementations et de contraintes, le réemploi du matériau bois en est encore à ses balbutiements. « Le réemploi est un sujet qui interpelle tous les secteurs de la filière forêt-bois », rapporte Jean-Pierre Mathé, prescripteur bois / AURA Fibois. « C’est l’une des ambitions de la RE2020, au travers de l’analyse de cycle de vie et des fiches FDES. Mais dans ce domaine, tout est à créer. La valorisation de cette économie circulaire nécessite la création d’une filière parallèle ». Car, pour déconstruire dans une optique de réemploi, il faudrait, dès la conception d’un système constructif bois, envisager sa « démontabilité », puis mettre en place des lieux de stockage à même de préserver la qualité des produits bois dans l’attente de leur réutilisation. Sur le plan règlementaire, réemployer signifie, en outre, pouvoir garantir la tenue dans le temps de ces produits de seconde main.

Recyclage/Valorisation sous conditions

Actuellement, il est déjà possible de récupérer sur un chantier de démolition, différents éléments bois massif (poutres, éléments de charpente) afin de leur redonner une nouvelle vie en mobilier, poutres retaillées, ou éléments de revêtements. Lorsque le bois est trop abîmé, il peut être déchiqueté et réutilisé en panneaux de bois aggloméré, ou en isolant, à moins de prendre le chemin d’une usine à papier/carton. Mais, dès lors qu’un élément de bois est traité ou peint, sa valorisation, même énergétique, est impossible. Il finit alors sous terre, avec le risque de polluer les sols.

Responsabilité Elargie du Producteur/REP : en finir avec l’enfouissement ?

La mise en place, depuis le 1er mai 2023, de la Responsabilité Elargie du Producteur (REP) repose sur un principe simple : celui qui fabrique, qui distribue ou importe un produit doit contribuer à la prise en charge sa fin de vie. Le dispositif a pour objectif d’agir sur l’ensemble du cycle de vie des produits : l’écoconception des produits, la prévention des déchets, l’allongement de la durée d’usage, la gestion de fin de vie. Les producteurs ont généralement le choix de mettre en place des structures collectives (éco-organismes) ou un système individuel pour la gestion des déchets issus de leurs produits.

Valorisation des déchets

En s’appuyant sur les études de l’ADEME, le tonnage de déchets bois issus des chantiers serait évalué à 2,2 Mt/an. Leur récupération constitue un apport d’importance pour alimenter la filière industrielle de panneaux bois de process (panneaux de particules, panneaux de fibres et OSB) dans la fabrication de la matière première, la pâte cellulosique. Dans le domaine du bois-construction, La REP ouvrirait sur un potentiel de valorisation de volumes estimés entre 300 000 ou 600 000 tonnes de bois. Mais, parmi eux, certains bois sont traités, contre les champignons et contre l’humidité, ou peints. Les travaux en cours pour mieux en connaitre les caractéristiques pour leur réemploi va nécessiter de connaître diverses informations essentielles. D’où l’importance de la mise en place d’éco-organismes spécialisés pour les récolter, les analyser, et organiser la nouvelle vie de ces produits bois.

Bois Energie, la valorisation ultime

Une transformation en bois énergie, c’est ce qui attend les connexes (écorces, chutes, sciures) générés lors de la transformation du bois d’œuvre, lorsqu’ils ne sont pas utilisables en bois d’industrie. On considère que pour 1m3 de bois d’œuvre, un arbre donne 1m3 de connexes de scieries et 1m3 de branches. Une grande partie de ce bois de moindre qualité est broyé pour former des plaquettes forestières ou utilisé en bois bûche pour le chauffage domestique. Ou encore en granulés : les scieries sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans la production de granulés à partir de ces déchets.

Selon le Syndicat national des producteurs de granulés de bois (SNPGB), la production de granulés a connu une croissance moyenne annuelle de 12% depuis 15 ans (chiffres 2020). Ces quelques informations sur les différents usages du bois tout au long de son cycle de vie confirment l’importance de l’économie circulaire comme réponse aux enjeux économiques de la filière forêt-bois, en mettant en avant l’importance de l’ancrage local de l’industrie de transformation. Elles permettent également de comprendre le rôle essentiel de ce matériau naturellement renouvelable et bas carbone dans l’atteinte des objectifs de transition écologique de nos sociétés, depuis la graine jusqu’au pellet.

Mireille Mazurier

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